Paysages de mer

Lundi 28 juillet 2008

 

 
HUILE
  SUR TOILE -  2005  -  41  x  33 cm


Attendre que la Nuit...

 

 

Attendre que la Nuit, toujours reconnaissable
A sa grande altitude où n’atteint pas le vent,
Mais le malheur des hommes,
Vienne allumer ses feux intimes et tremblants
Et dépose sans bruit ses barques de pêcheurs,
Ses lanternes de bord que le ciel a bercées,
Ses filets étoilés dans notre âme élargie,
Attendre qu’elle trouve en nous sa confidente
Grâce à mille reflets et secrets mouvements
Et qu’elle nous attire à ses mains de fourrure,
Nous les enfants perdus, maltraités par le jour
Et la grande lumière,
Ramassés par la Nuit poreuse et pénétrante,
Plus sûre qu’un lit sûr sous un toit familier,
C’est l’abri murmurant qui nous tient compagnie,
C’est la couche où poser la tête qui déjà
Commence à graviter,
A s’étoiler en nous, à trouver son chemin

 

par

 

Jules Supervielle  ( 1884 - 1960 )


Poète, romancier et dramaturge français, auteur d'une poésie très personnelle, hantée par l'angoisse de l'absence et le sens du mystère.

Né à Montevideo, en Uruguay, issu d'une famille de grande bourgeoisie, orphelin huit mois après sa naissance, il fut élevé par son oncle et sa tante, et partagea sa vie entre la France et l'Amérique du Sud. Il se maria en 1904, et fut père de six enfants. Tandis que ses premiers poèmes sont d'une facture assez traditionnelle (Brumes du passé, 1900 ; Comme des voiliers, 1910), la fréquentation de Jules Laforgue le poussa à cultiver l'humour (Poèmes de l'humour triste, 1919). Il se libéra de toute influence à partir de Débarcadères (1922), le premier de ses recueils en vers libres, où se retrouve toutefois le goût pour les voyages qu’il partageait avec Valéry Larbaud.

Après un roman fantastique (L'Homme de la pampa, 1923), Supervielle explora, dans sa poésie, le fond le plus obscur de sa personnalité (Gravitations ; Le Voleur d'enfants ; Le Forçat innocent ; Les Amis inconnus ; La Fable du monde). Il publia aussi des récits (L'Enfant de la haute mer ; Boire à la source), écrivit pour le théâtre (La Belle au bois). La maladie le retint en Uruguay pendant la guerre, qui lui inspira des poèmes âpres et mystiques (1939-1945 ; La nuit). Sa poésie devint ensuite plus facile d'accès et s'inspira de contes mythologiques (Robinson ; Shéhérazade).

Il obtint le prix des Critiques en 1949, pour Oublieuse mémoire, et celui de l'Académie française, pour l'ensemble de son œuvre, en 1955. Après quelques recueils moins inventifs, il trouva des accents nouveaux dans le Corps tragique (1959), sorte de méditation sur la mort. Dans ses poèmes, la rêverie personnelle atteint souvent une dimension cosmique.

 

 





                          Les Vieilles Barques.

 


Elles gisent sur un lit de sable ou de vase séchée
et pour tout baptême portent des noms à ce jour disparus.
A l'abri, sur leurs corps immobiles, les oiseaux sont perchés,
caquetant sur l'injuste partage des derniers poissons crus.
Leur étrave rouillée ne prendra plus la mer et de leur plancher fendu s'insinue la verte salicorne,
les scellant au sol de toute éternité.

Le regret est amer, quand le flot descendant ne les a emmenés,
ne laissant à l'intérieur de leurs pauvres carcasses
que des flaques stagnantes retenant prisonniers des crabes téméraires…

Elles franchirent les passes pour mener à bon port de leur ventre gravide des fardeaux importants
et sauvèrent des vies, quant aux plus fortes syzygies, les imprudents prenaient la mer.
Vous vivez aujourd'hui le reste de votre âge à vous fondre peu à peu au gré des éléments
qui ne vous portent plus sur le jusant rageur…

Vous ne méritez pas de finir oubliées dans l'âtre d'un foyer ou couvertes d'immondices,
mais dans un musée, ou chacun vous devrait le respect pour les services,
par vous rendus en toute humilité.

Le Bassin d'Arcachon




de François VEILLON
http://pageperso.aol.fr/francoisveillon/Lesfleursdujardin.html
francoisveillon@aol.com
Par KTie
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Dimanche 8 juin 2008



HUILE sur TOILE   - MAI 2008  - 46  X 38 cm 


Je dédie cette toile au Troubadour de Révéalités qui a écrit ces merveilleux poèmes sur la ville d'ANTIBES et qui a eu l'extrême gentillesse de me permettre de les utilser pour illuster ma modeste toile.
Je l'en remercie de tout mon coeur.


Antibes,  album souvenir


 

Antibes, ville d’enfance

Jouvence mes souvenirs

De vieilles ruelles s’entrelacent

Aux parfums d’insouciance

Les mouettes survolent le phare

Garoupe en mire du large

Album du meilleur au pire

Comme un après-midi, foulard- romance

 

Comme aiguille sur montre

Forme son temps en étendard

Peinture sur mon antre

De remparts au phare

De ruelles aux ports

Fort-carré en étoile

Antibes, ancre mon corps

Juste une écume sans voile

D’un Amour si velours

 

D’une vue sur cours

Partant de la Salis jusqu’au fin fond de l’Italie

D’une histoire infinie

De souvenirs jusqu’au fin fond d’alliance

De cendres en mer

De bancs ou dorent mes aînés

En huiles de corps qui réverbèrent

Sur la plage de mon enfance

Antibes s’allie à Juan balnéaire

 

Alors je sais qu’écrire aussi cet univers

Des jours ou j’ai perdu la raison

Jusqu’à ne plus savoir l’Aimer

Au point de partir sur un autre ciel de rose

Rose de passion, sans raison

Mon cœur Peynet, lui offre une rose

 

Pourtant Antibes, tableau de maître

Vie de soleil en zénith

D’amourette sans voiturette

De perles au creux de coquillage

Ou luxure colore l’existence

Ou souillure paralyse la romance

Mafia, contrats dynamites

Antibes, secrète tant d'émanations

Dont la mienne fut égarée

Mouettes sur plage

Si rieuse de cœur passion

Souvent mon cœur chante cette contrée

Ce bastion sur milles horizons

Antibes, enfance en filament

A dirigé ma vie sur ce si loin exil

Toujours plus loin dans mon devenir

Tel un galet si plat d’advenir

Tout juste pour un petit coin de paradis

Ou dans un bain iodé, asile

La tombe d’une fin en vague de nid




Le troubadour de la rêvéalité




Promenade méditative.

   

Marche au cap d'Antibes, va voir

Ce long chemin sinueux

Va voir l'inscription, un soir.

Comme ce ciel depuis, pluvieux

Avance sur les rochers transpercés

 Passe les vagues écœurées, écœurées

Tant d'amour, d’éclats du phare

Et toi, si tu passes là

A travers ce parterre dépiécé

Tu découvriras, bien à part

Des étoiles de mer asséchées, des tas

Tellement qu'elles auront trop pleuré

Tu déboucheras face au front lapant

Les derniers souvenirs demeurant

Trop de sels ont brûlé le paysage

Tellement, tellement que maintenant

Les pas se miroitent au mirage

Illusion de voir ces mêmes adolescents

S'aimer sur ces rochers muets

Ne rêve pas, ils sont morts noyés

Et en ce lieu magique à contempler

Sache la malédiction, sortilège !

Ne brise rien de cette authenticité

La mer conserve ce florilège



 


 

Par KTie
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Lundi 19 mai 2008

 


HUILE  AU COUTEAU  SUR TOILE     -      Mai 2008      -      46 cm  x 38 cm

Au bord de la mer



Vois, ce spectacle est beau. - Ce paysage immense
Qui toujours devant nous finit et recommence ;
Ces blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux ;
Ce chaume où l'on entend rire un groupe joyeux ;
L'océan qui s'ajoute à la plaine où nous sommes ;
Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par les hommes,
Montrant la double main empreinte en ses contours,
Et des amas de rocs sous des monceaux de tours ;
Ces landes, ces forêts, ces crêtes déchirées ;
Ces antres à fleur d'eau qui boivent les marées ;
Cette montagne, au front de nuages couvert,
Qui dans un de ses plis porte un beau vallon vert,
Comme un enfant des fleurs dans un pan de sa robe ;
La ville que la brume à demi nous dérobe,
Avec ses mille toits bourdonnants et pressés ;
Ce bruit de pas sans nombre et de rameaux froissés,
De voix et de chansons qui par moments s'élève ;
Ces lames que la mer amincit sur la grève,
Où les longs cheveux verts des sombres goëmons
Tremblent dans l'eau moirée avec l'ombre des monts ;
Cet oiseau qui voyage et cet oiseau qui joue ;
Ici cette charrue, et là-bas cette proue,
Traçant en même temps chacune leur sillon ;
Ces arbres et ces mâts, jouets de l'aquilon ;
Et là-bas, par-delà les collines lointaines,
Ces horizons remplis de formes incertaines ;
Tout ce que nous voyons, brumeux ou transparent,
Flottant dans les clartés, dans les ombres errant,
Fuyant, debout, penché, fourmillant, solitaire,
Vagues, rochers, gazons, - regarde, c'est la terre !


Et là-haut, sur ton front, ces nuages si beaux
Où pend et se déchire une pourpre en lambeaux ;
Cet azur, qui ce soir sera l'ombre infinie ;
Cet espace qu'emplit l'éternelle harmonie ;
Ce merveilleux soleil, ce soleil radieux
Si puissant à changer toute forme à nos yeux
Que parfois, transformant en métaux les bruines,
On ne voit plus dans l'air que splendides ruines,
Entassements confus, amas étincelants
De cuivres et d'airains l'un sur l'autre croulants,
Cuirasses, boucliers, armures dénouées,
Et caparaçons d'or aux croupes des nuées ;
L'éther, cet océan si liquide et si bleu,
Sans rivage et sans fond, sans borne et sans milieu,
Que l'oscillation de toute haleine agite,
Où tout ce qui respire, ou remue, ou gravite,
A sa vague et son flot, à d'autres flots uni,
Où passent à la fois, mêlés dans l'infini,
Air tiède et vents glacés, aubes et crépuscules,
Bises d'hiver, ardeur des chaudes canicules,
Les parfums de la fleur et ceux de l'encensoir,
Les astres scintillant sur la robe du soir,
Et les brumes de gaze, et la douteuse étoile,
Paillette qui se perd dans les plis noirs du voile,
La clameur des soldats qu'enivre le tambour,
Le froissement du nid qui tressaille d'amour,
Les souffles, les échos, les brouillards, les fumées,
Mille choses que l'homme encor n'a pas nommées,
Les flots de la lumière et les ondes du bruit,
Tout ce qu'on voit le jour, tout ce qu'on sent la nuit ;
Eh bien ! nuage, azur, espace, éther, abîmes,
Ce fluide océan, ces régions sublimes
Toutes pleines de feux, de lueurs, de rayons,
Où l'âme emporte l'homme, où tous deux nous fuyons,
Où volent sur nos fronts, selon des lois profondes,
Près de nous les oiseaux et loin de nous les mondes,
Cet ensemble ineffable, immense, universel,
Formidable et charmant, - contemple, c'est le ciel !


Oh oui ! la terre est belle et le ciel est superbe ;
Mais quand ton sein palpite et quand ton oeil reluit,
Quand ton pas gracieux court si léger sur l'herbe
Que le bruit d'une lyre est moins doux que son bruit ;


Lorsque ton frais sourire, aurore de ton âme,
Se lève rayonnant sur moi qu'il rajeunit,
Et de ta bouche rose, où naît sa douce flamme,
Monte jusqu'à ton front comme l'aube au zénith ;


Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m'arrive,
Disant des mots confus qui m'échappent souvent,
Bruit d'une eau qui se perd sous l'ombre de sa rive
Chanson d'oiseau caché qu'on écoute en rêvant ;


Lorsque ma poésie, insultée et proscrite,
Sur ta tête un moment se repose en chemin ;
Quand ma pensée en deuil sous la tienne s'abrite,
Comme un flambeau de nuit sous une blanche main ;


Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée ;
Quand ton âme, soudain apparue en tes yeux,
Contemple avec les pleurs d'une soeur exilée,
Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieux ;


Quand brille sous tes cils, comme un feu sous les branches,
Ton beau regard, terni par de longues douleurs ;
Quand sous les maux passés tout à coup tu te penches,
Que tu veux me sourire et qu'il te vient des pleurs ;


Quand mon corps et ma vie à ton souffle résonnent,
Comme un tremblant clavier qui vibre à tout moment ;
Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent,
Font chanter dans mon coeur un céleste instrument ;


Lorsque je te contemple, ô mon charme suprême !
Quand ta noble nature, épanouie aux yeux,
Comme l'ardent buisson qui contenait Dieu même,
Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux ;


Ce qui sort à la fois de tant de douces choses,
Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour,
Comme un parfum formé du souffle de cent roses,
C'est bien plus que la terre et le ciel, - c'est l'amour !






Victor HUGO  1802 - 1885
Recueil: Les chants du Crépuscule

Par KTie
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Vendredi 18 avril 2008





HUILE SUR TOILE   -   2007

 

 

 

 

 



Mon Capitaine


Navire à la dérive aux marins sans boussole

Mon âme erre en la nuit en recherchant ton pôle

Et ce trésor d’amour que tu m’avais offert

Pour armer mon esquif partant en haute mer…


Mais il n’est plus de havre et de baie en ton cœur

Pour me faire un abri aux vents dévastateurs

Les amarres larguées et déjà loin du port

J’ai vu briller l’azur mais j’ai perdu le nord…


Ne voudras-tu jamais sous le mas de misaine

Du navire en partance être mon capitaine

Et d’un sextant expert fixant le firmament

Me sauver du naufrage et calmer mes tourments…



Mais tu m’as déserté partant vers d’autres rives

Laissant mon fol espoir aller à la dérive….

Sauras-tu donc jamais toi qui m’ouvris les yeux

Que pour toi je partis sur l’océan houleux...

 

Poème écrit par Runner
©lailesurlaplume - 2008

 


-o-o-o-o-o-o



La pêche



Le pêcheur, vidant ses filets,
Voit les poissons d'or de la Loire
Glacés d'argent sur leur nageoire
Et mieux vêtus que des varlets.


Teints encor des ardents reflets
Du soleil et du flot de moire,
Le pêcheur, vidant ses filets,
Voit les poissons d'or de la Loire.


Les beaux captifs, admirez-les !
Ils brillent sur la terre noire,
Glorifiant de sa victoire,
Jaunes, pourprés et violets,
Le pêcheur vidant ses filet



Théodore de BANVILLE
1823 - 1891
Recueil : Les Cariatides

Par KTie
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Samedi 12 avril 2008


HUILE SUR TOILE - JUIN    2006

Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux

 

 

Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :
J'en serai laboureur, vous dame et gardienne.
Vous donnerez le champ, je fournirai de peine,
Afin que son honneur soit commun à nous deux.

Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux
Seront vers florissants, leurs sujets sont la graine,
Mes yeux l'arroseront et seront sa fontaine
Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.

Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,
Soucis, oeillets et lys, sans épines les roses,
Ancolie et pensée, et pourrez y choisir

Fruits sucrés de durée, après des fleurs d'attente,
Et puis nous partirons à votre choix la rente :
A moi toute la peine, et à vous le plaisir.

Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ

Par KTie
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