Vendredi 14 août 2009

                                        Lettre ouverte à celui qui ne se reconnaîtra pas



Oui aujourd' hui je dis adieu à la vie, adieu à ma  vie. Toute ma vie je l'ai consacrée à ma famille, à mes parents, à mes enfants, à mon mari. Il est parti au travail un matin de ce 2 juin, pour ne plus revenir, sans me le dire en face.
Toute ma vie je n'ai pas su être égoïste aussi aujourd'hui je veux partir, vers cet endroit d'où l'on ne revient pas mais qui ne peut être pire que ce que je vis.

Nous voulons toujours ce que nous n’avons pas. Nous ne cessons jamais d’être insatisfaits, du moins en partie par la vie que nous nous sommes organisé, si réussie puisse t elle être, parce que nous n’arrivons pas à être entièrement comblés par la réalité.

Dans ce bureau dépouillé de tout ce qui a fait mon univers pendant un an, je n’ai pas rendu grâce à la persistance de mon mariage, au rassurant confort de mon univers domestique ; je me suis simplement posé les éternelles questions sur la difficulté de tout choix de vie, sur notre incapacité à parvenir à la plénitude.

L’un des grands problèmes de l’agnostique, c’est que quand quelque chose de terrible lui tombe dessus, à lui ou à quelqu’un de proche, il n’a même pas le recours de mettre çà sur le compte de la volonté divine.

La religion "cet immense brocart musical mangé aux mites que l’on a tissé pour nous faire croire que nous ne mourrons jamais". 

Quand les parents se retrouvent face à eux mêmes, ils se blâment de ne pas avoir donné assez à leur progéniture, ils se sentent coupables et responsables de…tout. Parce qu’à la joie et à la gratitude d’avoir des enfants se mêle un autre sentiment sous-jacent, ambivalent, celui que la vie serait certainement moins riche mais bigrement plus facile, s’ils n’étaient pas là.

Ce qui pose une autre question : pourquoi nous imposons nous des responsabilités qui sont porteuses de tant de souffrances, de doutes, de peurs ?
Ou bien est ce l’essence même de la condition humaine, et faut il accepter un " paradoxe fondamental " : la vie de famille est, par bien des aspects, une source de détresse ?

L’un des grands problèmes de l’agnostique, c’est que quand quelque chose de terrible lui tombe dessus, à lui ou à quelqu’un de proche, il n’a même pas le recours de mettre çà sur le compte de la volonté divine.

La religion "cet immense brocart musical mangé aux mites que l’on a tissé pour nous faire croire que nous ne mourrons jamais".

Quand les parents se retrouvent face à eux mêmes, ils se blâment de ne pas avoir donné assez à leur progéniture, ils se sentent coupables et responsables de…tout. Parce qu’à la joie et à la gratitude d’avoir des enfants se mêle un autre sentiment sous-jacent, ambivalent, celui que la vie serait certainement moins riche mais bigrement plus facile, s’ils n’étaient pas là.

Ce qui pose une autre question : pourquoi nous imposons nous des responsabilités qui sont porteuses de tant de souffrances, de doutes, de peurs ?
Ou bien est ce l’essence même de la condition humaine, et faut il accepter un " paradoxe fondamental " : la vie de famille est, par bien des aspects, une source de détresse ?

Assise au bord du lit je suis restée à le regarder dormir, à me demander pourquoi il était parfois si accessible, et parfois d’une opacité impénétrable. Après tant d’années, je découvrais qu’il y avait des pans entiers de sa vie et de ses pensées qui me demeuraient complètement inaccessibles.

Si tu arrives à me pardonner, si nous tenons le coup, si nous ne laissons pas  un moment du passé détruire le bonheur de notre vie commune…

Oui nous avons toujours été très différents, toi et moi. Avec des centres d’intérêts qui appartenaient à l’un ou à l’autre. Et tu me reproches maintenant ce que tu fus autrefois : quelqu’un qui supportait difficilement la compagnie des autres.

Je me rends compte aujourd’hui que la solitude – cet état que je n’avais jamais connu et que je redoutais plus que tout, cet état différent de celui de la mort puisque l’esprit continue de tourner – ne me fait pas peur.

Pourquoi suis je restée avec toi ? Tu crois que je me serais accrochée à une vie qui m’aurait menée à une impasse complète ?

J’étais très immature. Non, j’ai cru à notre union parce que je ne voulais pas te perdre. Cette rancœur que tu exprimes, je l’ai gardée dans mon âme en espérant qu’un jour tu te confierais à moi. Mais j’étais incapable  à tes yeux de comprendre et tu t’es fais un devoir de le faire comprendre à nos filles.

J’ai cru qu’un couple çà se construisait peu à peu. Et ce n’est tout de même pas comme si nous nous étions entre déchirés pendant plus de 32 ans !

Non on a refoulé. On a toujours fui les  vrais problèmes, on s’est toujours dérobé devant les vraies questions.

Je pensais qu’on s’était toujours bien entendus, tous les deux, qu’on avait trouvé un accord sur les choses les plus importantes, notamment l’éducation de nos enfants, qu’on était capables de cohabiter sans se regarder en chiens de faïence. Et maintenant tu me dis que c’était un enfer pour toi et que tu as préféré te taire.

Mes larmes ont séché, la stupeur initiale avait été remplacée par une sourde douleur. Je résistais à l’envie de t’appeler sur ton portable pour entendre ta voix, de te supplier de nous laisser une seconde chance, de te démontrer que recommencer sa vie à notre âge n’avait rien de simple.

Je voulais encore me convaincre que ta scène n’avait été qu’une manière de libérer la tension accumulée ces dernières semaines, une explosion de colère sur laquelle tu reviendrais.

La sincérité de tes propos ne m’a pas échappé. ni la détermination dont tu as fait preuve. Tu m’avais exposé tes frustrations accumulées pendant des années, après avoir préparé ton départ même si tu es parti sans ta brosse à dent comme tu te plais de dire !

Maintenant que je me retrouvais seule, c’était tellement bizarre, cette vacuité après des années et des années où chaque instant s’était inscrit dans un emploi du temps serré, même quand les enfants  avaient commencé à voler de leur propres ailes.


Avec le recul, j’étais frappée par la place contradictoire quil avait occupée dans ma vie ; sans partager cette routine, il avait été sans cesse présent, m’appelant dans la journée ou venant déjeuner avec moi le midi. Et il avait toujours paru apprécier cette vie et nous avions surmonté les écueils, les premiers ajustements d’une vie conjugale, les contraintes paternelles, la maladie de nos enfants, le vide ressenti après le départ des grands…
Nous étions une exception à la règle de la vie conjugale moderne !... du moins je le croyais.

J’aurais été bien en peine de trouver une réponse à ces questions. Un tourbillon d’émotions contradictoires maintenait mon esprit dans la confusion la plus totale.

Amour, haine, angoisse, amertume, désespoir, rage se mêlaient en moi. Tantôt je me détestais, tantôt je me donnais raison. Arrogance, humilité, optimisme, abattement, perplexité, doutes et encore plus de doutes… Mais qu’y a t il de mal à douter ?

Comment se prétendre capable de tout voir en noir et blanc quand la condition humaine se décline dans d’innombrables nuances de gris ? Les êtres les plus proches de nous prennent des initiatives qui nous laissent pantois et à notre tour nous réagissons d’une manière que nous ne comprenons pas entièrement. Alors, oui le doute…

Maintenant que tu as fait ton acte de courage en prenant la fuite, je vais faire le mien: partir pour d'autres horizons, qui je l'espère ne pourront être pires. 


                        CE POURRAIT ETRE LE DEBUT D'UN ROMAN MAIS C'EST LA FIN DE MON HISTOIRE.
 

              " Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort, "
              II ° Epitre aux Corinthiens, chapitre 12, verset 10".




Merci à tous ceux qui ont bien voulu me lire et regarder mes toiles.  

Par KTie
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Jeudi 13 août 2009

 



JE RESPIRE Où TU PALPITES, de Victor HUGO

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t' en vas ?

A quoi bon vivre, étant l' ombre
De cet ange qui s' enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N' être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t' en ailles
Pour qu' il ne reste plus rien.

Tu m' entoures d' Auréoles ;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t' envoles
Pour que je m' envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n' entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s' en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J' en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d' azur.

L' amour fait comprendre à l' âme
L' univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l' infini.

Sans toi, toute la nature
N' est plus qu' un cachot fermé,
Où je vais à l' aventure,
Pâle et n' étant plus aimé.

Sans toi, tout s' effeuille et tombe ;
L' ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe
La patrie est un exil.

Je t' implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n' es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l' autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L' inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l' étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu' illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant : " Où donc est ma soeur ? "

J' en mourrai ; fuis, si tu l' oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu' elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers, sans ta bouche,
Et de mes pleurs, sans tes yeux

 





Par KTie - Publié dans : Divers - Communauté : PEINTURES PASSION
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Samedi 30 août 2008

 


PASTEL SEC  - 2006  - 21  x  27
Mon seul et unique essai de pastel sec



A MA FILLE



Oh mon enfant, tu vois,  je me soumets.
Fais comme moi : vis du monde éloignée ;
Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.
-- Résignée ! --


Sois bonne et douce, et lève un front pieux.
Comme le jour dans les cieux met sa flamme,
Toi, mon enfant, dans l'azur de tes yeux
Mets ton âme !


Nul n'est heureux et nul n'est triomphant. 
L'heure est pour tous une chose incomplète ;
L'heure est une ombre, et notre vie, enfant,
En est faite.


Oui, de leur sort tous les hommes sont las.
Pour être heureux, à tous, -- destin morose !--
Tout a manqué. Tout, c'est à dire , hélas !
Peu de chose.


Ce peu de chose est ce que, pour sa part,
Dans l'univers chacun cherche et désire:
Un mot, un nom, un peu d'or, un regard,
Un sourire !



La gaîté manque au grand roi sans amour ;
La goutte d'eau manque au désert immense.
L'homme est un puits où le vide toujours
Recommence.


Voir ces penseurs que nous divinisons,
Voir ces héros dont les fronts nous doinent,
Noms dont toujours nos sombres horizons
S'illuminent !


Après avoir, comme fait un flambeau,
Ebloui tout de leurs rayons sans nombre,
Ils sont allés chercher dans le tombeau
Un peu d'ombre.


Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs,
Prend en pitié nos jours vains et sonores.
Chaque matin, il baigne de ses pleurs
Nos aurores.


Dieu nous éclaire, à chacun de nos pas,
Sur ce qu'il est dur et sur ce que nous sommes ;
Une loi sort des choses d'ici-bas,
Et des hommes !


Cette loi sainte, il faut s'y conformer.
Et la voici, toute âme y peut atteindre :
Ne rien haïr, mon enfant ; tout aimer,
Ou tout  plaindre !


Victor HUGO  -  Recueil : Les Contemplations.
1802 - 1885

-o-o-o-o-o-o-


Mis en ligne par Raphaël CONFIANT sur Montray Krérol :



Petite, Petite fille, je ne connais pas ton nom.
Peut-être Malika, Leïla ou Nassima.
Ou peut-être  Hind (" Inde en arabe ) celui qu'on donne aux plus belles, je ne connais pas ton nom mais tes yeux me parlent.


J'aime leur couleur " moreno de verde luna "semon l'image du grand poète andalou Ferderico Garcia Lorca dans le "Romancero gitano". Image que l'on pourrait traduire, maladroitement sans doute par " brun-vert clairdeluné " ou " brun-vert olive ". Oui, tes yeux me parlent et j'entends ces mots : incompréhension, douleur, peur, incrédulité.


Petite fille de Gaza, la rebelle, derrière les barreaux roses de ta maison, observant les funéraillesde ton père abattu par l'armée de Sion. Tu ignores peut-être que d'autres barreaux plus grands et plus terribles enserrent la langue de terre où ton peuple a été parqué depuis un demi-siècle. Sans doute de la terrasse de chez toi, observes tu à l'approche de la  nuit de grands oiseaux de feu qui trouent le ciel et s'en vont. Ce ne sont hélas, point, des créatures d'Allah mais des hélicoptères et les lueurs qui s'en échappentne sont pas des rayons de lune mais le jet continu des mitrailleuses.


Petite fille dont les lèvres s'ouvrent de stupeur et qui pourtant conservent l'innocence des pétales fraîchement écloses des roses d'Ispahan, je sens ton coeur chamader contre le mur où tu tentes de trouverun peu de chaleur et d'affection. En toi, soudain un grand vide, comme si toute ta petite personne se dérobait sous tes jambes, comme si ce que tu voyais par-delà les barreaux te projetait d'un seul élan dans l'innommable monde.


Petite fille de Palestine, je devine pourtant, à tes mèches rebelles, à cette larme au bord de tes yeux qui ne veut pas couler, que l'essentiel en toi, n'a pas été ébranlé. Je devine que demain,  tu grandiras avec une détermination sans faille, que les " moustafikin " ( " hypocrites " en arabe ) et les bavardeursdes droits de l'homme qualifieront probablement de " féroce ". Il ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n'ont jamais vu la mort de près. Ils sèment cette mort derrière le blindage d'acier de leurs chars ou depuis la carlingue de leurs chasseurs-bombardiers volant à 10 000 pieds. Puis ils rentrent tranquillement au bercail pour lire des contes de fées à leurs enfants afin de les aider à s'endormir, affectueux et humains en diable.


Petite fille dont on a brisé l'enfance, sache que nous serons nombreux, de plus en plus nombreux à ne pas te condamner le jour où, devenue femme, tu décideras de frapper l'ennemi.
Car comme le dit le grand poète palestinien Mahmoud Darwich :
" Mon pays commence depuis moi-même ".

Petite fille, tu es un pays à toi toute seule. Un pays à naître. Un pays qui vagit, qui tressaute, qui hurle dans l'indifférence des bien-pensants de l'Occident judéo-chrétien.
Un pays qui naîtra un jour.
Forcément.
Aux forceps...

Petite fille palestinienne, tu es ma fille. J'éprouve la tendreté de ta peau contre la mienne, je te serre dans mes bras, je t'étreins.
Je ne cesse de t'étreindre malgré les barreaux qui emprisonnent la sourde énergie de tes six ans.


Soleil, ô soleil, c'est ce que tu es, oui...


RAPHAËL CONFIANT

Par KTie - Publié dans : Divers - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Dimanche 3 août 2008

 

 
HUILE SUR TOILE  -  2004  - 41 x 33

 
Provence

Poèmes de Jean CAMPION


 

 

Jean CAMPION est un poète limpide, qui, dans une métrique classique, délivre de pures merveilles.
Écoutez le chanter la Provence !
À Martigues, surtout, il redonne une beauté virginale, loin des sombres conflits politiques que connut la cité.

 

 



Automne en Aix :

 

 

Les plaintes de novembre étouffent les sourires
Qui musardaient taquins sous le dôme du cours,
En dentelles d'azur et joyaux de porphyre,
Mortes mes nuits d'été, mortes sont mes amours.

Ne vous affolez pas, mes frileuses fontaines
De voir vos longs cheveux s'ébouriffer au vent ;
L'automne en son ennui réalise sa peine
En venant y poser de froids reflets d'argent.

Vous, platanes parés de l'ocre du déclin,
Acceptez ce moment sans même vous défendre.
Essaimez vos frous-frous en bruissements câlins :
Les renouveaux d'Avril sauront bien vous les rendre.

Chassé de l'univers de douces somnolences,
Le promeneur surpris par le premier frisson,
Du fond de sa ruelle où couvent des silences,
Comme un amant frustré regagne sa maison.

Chaque saison se meurt, écartant l'apparence
Qui ne peut s'intégrer à son nouveau décor.
Toi, tu ne peux changer, Aix de ma Provence,
Attentive à garder tes merveilleux trésors !…

 

Par KTie - Publié dans : Villages - Communauté : PEINTURES PASSION
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Lundi 28 juillet 2008

 

 
HUILE
  SUR TOILE -  2005  -  41  x  33 cm


Attendre que la Nuit...

 

 

Attendre que la Nuit, toujours reconnaissable
A sa grande altitude où n’atteint pas le vent,
Mais le malheur des hommes,
Vienne allumer ses feux intimes et tremblants
Et dépose sans bruit ses barques de pêcheurs,
Ses lanternes de bord que le ciel a bercées,
Ses filets étoilés dans notre âme élargie,
Attendre qu’elle trouve en nous sa confidente
Grâce à mille reflets et secrets mouvements
Et qu’elle nous attire à ses mains de fourrure,
Nous les enfants perdus, maltraités par le jour
Et la grande lumière,
Ramassés par la Nuit poreuse et pénétrante,
Plus sûre qu’un lit sûr sous un toit familier,
C’est l’abri murmurant qui nous tient compagnie,
C’est la couche où poser la tête qui déjà
Commence à graviter,
A s’étoiler en nous, à trouver son chemin

 

par

 

Jules Supervielle  ( 1884 - 1960 )


Poète, romancier et dramaturge français, auteur d'une poésie très personnelle, hantée par l'angoisse de l'absence et le sens du mystère.

Né à Montevideo, en Uruguay, issu d'une famille de grande bourgeoisie, orphelin huit mois après sa naissance, il fut élevé par son oncle et sa tante, et partagea sa vie entre la France et l'Amérique du Sud. Il se maria en 1904, et fut père de six enfants. Tandis que ses premiers poèmes sont d'une facture assez traditionnelle (Brumes du passé, 1900 ; Comme des voiliers, 1910), la fréquentation de Jules Laforgue le poussa à cultiver l'humour (Poèmes de l'humour triste, 1919). Il se libéra de toute influence à partir de Débarcadères (1922), le premier de ses recueils en vers libres, où se retrouve toutefois le goût pour les voyages qu’il partageait avec Valéry Larbaud.

Après un roman fantastique (L'Homme de la pampa, 1923), Supervielle explora, dans sa poésie, le fond le plus obscur de sa personnalité (Gravitations ; Le Voleur d'enfants ; Le Forçat innocent ; Les Amis inconnus ; La Fable du monde). Il publia aussi des récits (L'Enfant de la haute mer ; Boire à la source), écrivit pour le théâtre (La Belle au bois). La maladie le retint en Uruguay pendant la guerre, qui lui inspira des poèmes âpres et mystiques (1939-1945 ; La nuit). Sa poésie devint ensuite plus facile d'accès et s'inspira de contes mythologiques (Robinson ; Shéhérazade).

Il obtint le prix des Critiques en 1949, pour Oublieuse mémoire, et celui de l'Académie française, pour l'ensemble de son œuvre, en 1955. Après quelques recueils moins inventifs, il trouva des accents nouveaux dans le Corps tragique (1959), sorte de méditation sur la mort. Dans ses poèmes, la rêverie personnelle atteint souvent une dimension cosmique.

 

 





                          Les Vieilles Barques.

 


Elles gisent sur un lit de sable ou de vase séchée
et pour tout baptême portent des noms à ce jour disparus.
A l'abri, sur leurs corps immobiles, les oiseaux sont perchés,
caquetant sur l'injuste partage des derniers poissons crus.
Leur étrave rouillée ne prendra plus la mer et de leur plancher fendu s'insinue la verte salicorne,
les scellant au sol de toute éternité.

Le regret est amer, quand le flot descendant ne les a emmenés,
ne laissant à l'intérieur de leurs pauvres carcasses
que des flaques stagnantes retenant prisonniers des crabes téméraires…

Elles franchirent les passes pour mener à bon port de leur ventre gravide des fardeaux importants
et sauvèrent des vies, quant aux plus fortes syzygies, les imprudents prenaient la mer.
Vous vivez aujourd'hui le reste de votre âge à vous fondre peu à peu au gré des éléments
qui ne vous portent plus sur le jusant rageur…

Vous ne méritez pas de finir oubliées dans l'âtre d'un foyer ou couvertes d'immondices,
mais dans un musée, ou chacun vous devrait le respect pour les services,
par vous rendus en toute humilité.

Le Bassin d'Arcachon




de François VEILLON
http://pageperso.aol.fr/francoisveillon/Lesfleursdujardin.html
francoisveillon@aol.com
Par KTie - Publié dans : Paysages de mer - Communauté : PEINTURES PASSION
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